Le magnésium, tout ce que vous avez toujours voulu savoir!

cup of water

Dr. Pierre-Olivier Lang

Spécialiste gériatrique, Centre médical de la Clinique De Montchoisi, Lausanne et Clinique de Genolier

juin 1, 2021

Le magnésium a de nombreux effets bénéfiques sur nous. C’est un laxatif puissant connu et il aide également à dilater les canaux d’excrétion du corps. Appliqué sur la peau, il peut aider à soulager la fatigue et la douleur, et il peut également détendre les muscles. C’est certainement l’une des vitamines essentielles à notre organisme. Il existe un certain dosage de l’apport en magnésium que nous devons respecter car tout dépassement des limites peut produire des effets négatifs. Comme c’est généralement le cas, une alimentation variée et équilibrée est toujours recommandée pour que nous soyons et restions en aussi bonne santé que possible.

Pour apprendre tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le magnésium, continuez à lire l’article du Dr Pierre-Olivier Lang.

Le sulfate de magnésium, est, par ingestion, depuis la plus haute Antiquité, un laxatif puissant. Il aurait aussi la faculté de dilater les canaux d’excrétions corporelles (voies biliaires, intestins). Au contact du corps et de la peau, en solutions aqueuse, il est supposé soulager, apaiser les fatigues et les douleurs, décontracter et relaxer les muscles. Les spas et autres instituts proposant l’hydrothérapie, l’aromathérapie, la phytothérapie affichent souvent cet antique sel relaxant comme reminéralisant et revitalisant, en peeling ou en bain corporel. En raison de sa forte densité, une solution concentrée de sel d’Epsom (ville du Sud de l’Angleterre où étaient extraits ces sels) permet de faire flotter une personne et est utilisée dans les caissons d’isolation sensorielle. Ce n’est qu’en 1920, que le magnésium (Mg) est pour la première fois mesuré dans le sang et identifié comme un élément essentiel à la vie. Il est le cofacteur de plus de 300 systèmes enzymatiques.

De la prévention des crampes musculaires à son rôle dans la prévention des arythmies et des maladies cardiovasculaires, en passant par son effet neuroprotecteur, la supplémentation en Mg revient au goût du jour comme en témoigne l’augmentation de son utilisation au quotidien. Il a aussi été clairement montré que nos apports en Mg étaient insuffisants (50 % des Américains du Nord ont un déficit d’apport). La qualité de l’alimentation occidentale moderne est pointée du doigt ainsi que l’agriculture intensive réduisant le Mg des fruits et légumes et les processus de transformation des aliments éliminant jusqu’à 90 % de la teneur des produits de base.

Qu’est-ce que c’est ?

Le magnésium fait partie des minéraux indispensables à notre organisme. Le corps humain adulte contient environ 25 g de Mg dont 50-60 % sont localisés dans l’os. Le reste est essentiellement dans nos cellules (25 % dans les muscles) puisque sa forme circulante ne représente que 1% du contenu totale de l’organisme.

Il n’existe pas de consensus sur le moyen le plus fiable d’évaluation du statut en Mg. La détermination des taux sanguins et/ou érythrocytaires ne retrouve des anomalies que lors de carences importantes. Si la mesure du Mg érythrocytaire (intra-globule rouge) semble la plus fiable, il n’existe pas de test fiable et standardisé pour mesurer le statut réel en Mg de l’organisme.

A quoi sert-il ?

Si dans l’os, le Mg participe à la constitution de la couche périphérique du cristal osseux, dans nos cellules, sa présence est déterminante. Le Mg participe à la production d’énergie, à la synthèse des acides nucléiques (des constituants importants de l’ADN) ainsi que des acides gras de type oméga-3 et oméga-6. Son rôle est essentiel dans la contraction musculaire. Il s’oppose à la pénétration du calcium dans les cellules contribuant à la stabilité membranaire. Il est impliqué dans la cascade des réactions du stress oxydant (balance oxydative). Le Mg entretient un lien étroit avec le métabolisme phosphocalcique et en particulier avec les différentes étapes d’activation de la vitamine D. Il participe enfin à la régulation du taux de potassium de notre organisme.

Son absorption et son métabolisme

Notre tube digestif absorbe 30 à 50 % du Mg alimentaire ingéré. L’absorption s’effectue tout au long du tube digestif mais surtout dans la partie distale du jéjunum et de l’iléon. L’absorption est essentiellement passive et augmente en fonction des apports. L’absorption active, régulée, n’intervient que pour des taux faibles d’apport en Mg. L’absorption est favorisée par la vitamine D, la parathormone, et les œstrogènes, et est limitée par l’hypermagnésémie et l’hypercalcémie.

Son élimination est assurée par les reins, mais la majeure partie du Mg filtré dans les urines peut être réabsorbée. Ainsi en cas d’apport alimentaire élevé, le rein élimine l’excès car le mécanisme de réabsorption rénale est alors saturé. A l’inverse, lorsque l’apport diminue, la réabsorption rénale peut concerner jusqu’à 95 % du Mg filtré. Un apport aigu d’alcool favorise la fuite urinaire de Mg, mais la fréquence des déficits en Mg chez les consommateurs chroniques témoigne en réalité plus d’un apport alimentaire insuffisant.

Les besoins, les apports nutritionnels conseillés, et les source(s) en Mg

Chez l’adulte, y compris chez les seniors, les besoins moyens en Mg sont de 350 mg/jour soit environ 5 mg/kg/jour. Cependant, avec cet apport, en théorie seuls les besoins de 50% des personnes sont satisfaits. L’apport nutritionnel conseillé (ANC) est généralement fixé à 6 mg/kg/jour ce qui semble encore insuffisant au vu des récentes observations d’importants déficits d’apport dans la population générale.

On trouve du Mg dans beaucoup d’aliments, donc une alimentation équilibrée et diversifiée doit en théorie couvrir les besoins. Les principales sources de magnésium sont présentées dans le tableau ci-dessous :

La teneur en magnésium de quelques portions d’aliments

L’hypomagnésémie : causes et conséquences

On distingue l’hypomagnésémie modérée (< 0,7 mmol/L) de l’hypomagnésémie sévère (< 0,4 mmol/L). Les carences sévères en Mg s’accompagnent généralement d’anomalies biologiques faciles à détecter. En l’absence de technique de dosage fiable, le diagnostic des carences modérées est plus difficile.

Les manifestations sont toujours spécifiques mais la présence d’une hypocalcémie ou hypokaliémie permet souvent de suspecter le diagnostic.

Manifestations des hypomagnésémies

Les causes sont multiples et sont divisées en deux grandes familles : les déficits d’absorptions digestives et les excès de pertes rénales. La mesure du taux de Mg dans le sang ne devrait ainsi être considérée que devant certaines situations :

  • présence de facteurs de risque : malabsorption ou alcoolisme chronique.
  • prise de certains médicaments : diurétiques, inhibiteurs de la pompe à protons (protecteurs gastriques), certains immuno-dépresseurs.
  • présence d’une hypocalcémie/hypokaliémie concomitante.

Principales causes d’hypomagnésémie en pratique courante

Défaut d’absorption digestive du magnésium:

• Présence d’une malabsorption (causes multiples …)

• Médicaments dont principalement les inhibiteurs de la pompe à protons (protecteurs gastriques)

Excès de pertes rénales :

• Diabète sucré (type I ou type II) mal équilibré

• Hypercalcémie

• Alcoolisme chronique

• Médicaments (diurétiques thiazidiques, inhibiteur de la voie de la calcineurine)

• Cause rénale : levée d’obstacle avec diurèse post-obstructive, postnécrose tubulaire aiguë

• Génétiques : syndrome de Gitelman, Syndrome de Barter

Traitement de l’hypomagnésémie

En l’absence de recommandations, il paraît raisonnable d’instaurer en premier lieu une supplémentation par voie orale dont le profil de sécurité est bien établi (288-360 mg/ jour), en l’absence d’une hypomagnésémie ou hypokaliémie/hypocalcémie sévères. Un risque d’hypermagnésémie iatrogène est néanmoins possible chez les personnes avec une insuffisance rénale chronique (signes cliniques : léthargie, diminution voir abolition des réflexes ostéo-tendineux, paralysie, somnolence voir coma, hypotension, arrêt cardiaque).

Les autres utilisations du magnésium

  • Les crampes musculaires

Les crampes constituent un motif de consultation très fréquent pour lequel le traitement par Mg est largement proposé, seul ou combiné à d’autres nutriments. Cependant cette supplémentation n’a jamais démontré son efficacité sur la fréquence, l’intensité ou encore la durée des crampes. La raison est que l’origine des crampes est plurifactorielle et associe, à la possible hypomagnésémie, des troubles circulatoires, hydroélectrolytiques dont l’hypokaliémie. Spécifiquement chez les sportifs, si les besoins en Mg sont souvent très augmentés (augmentation de l’excrétion rénale et perte par la transpiration), la supplémentation en Mg n’a aucun effet sur la performance. En effet, les apports alimentaires en Mg sont naturellement accrus chez le sportif par le biais d’une alimentation plus calorique couvrant également ce besoin.

Les arythmies cardiaques

L’effet du Mg dans cette indication est débattu depuis des décennies. Si l’hypomagnésémie est un facteur reconnu de certains troubles du rythme, le bénéfice d’un traitement par Mg en l’absence d’hypomagnésémie est toutefois bien moins clair. Les études portent sur des très petits effectifs et des preuves complémentaires sont encore attendues pour pouvoir émettre des recommandations.

  • Correction des facteurs de risque cardiovasculaires

Des données probantes ont montré un lien entre le Mg et certains facteurs de risque cardiovasculaires comme le diabète de type II et l’hypertension artérielle. Cependant, les études analysant les effets de la supplémentation en Mg sur le contrôle de la glycémie ou de l’hémoglobine glyquée (HbA1c) et sur celui de l’hypertension apportent soit des résultats contradictoires soit décevants ne pouvant à l’heure actuelle conduire à une recommandation.

La protection des neurones

L’effet « antagoniste calcique » du Mg est connu depuis très longtemps et potentiellement associé à un effet antihypertenseur. Son rôle de régulateur de l’excitabilité du récepteur NMDA (N-méthyl-D-aspartate) est plus récent. Ces données ont suggéré la possibilité d’un effet neuroprotecteur du Mg notamment après la survenue d’un accident vasculaire cérébral (AVC) ischémique ou hémorragique. Cependant, à ce jour, aucune confirmation de cet effet n’a été rapportée.

Conclusion

L’hypothèse de la « carence cellulaire » liée à l’alimentation et son lien potentiel avec certaines maladies chroniques aussi bien que les effets intrinsèques bénéfiques du Mg, ne justifient pas une supplémentation en Mg au-delà de la correction d’une simple hypomagnésémie. Cependant, on ne dispose pas encore de moyens d’évaluation fiable de notre status en Mg: la mesure des taux plasmatiques ou érythrocytaires ne peuvent que confirmer des déficits déjà avérées. Pour éviter les carences, il est recommandé de manger varié et équilibré et de prêter le cas échéant une attention particulière à la prise de médicaments induisant une hypomagnésémie.

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