Arthrose

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Dr. Jocelyne Melchior-Capiot

Spécialiste FMH Rhumatologie, Rue Madeleine, Lausanne

mars 14, 2021

L’arthrose est le type d’arthrite le plus courant. Il s’agit essentiellement de l’usure du cartilage qui recouvre les os de nos articulations. L’arthrite elle-même est le gonflement et la sensibilité de nos articulations. Les principaux symptômes sont des douleurs articulaires, une gêne, un gonflement, une diminution du mouvement et une raideur. Parmi les facteurs de risque de l’arthrite figurent l’âge, le sexe, les antécédents familiaux, les blessures antérieures, l’obésité, etc. Il existe de nombreux moyens de traiter ces problèmes, et nous disposons de moyens de plus en plus sophistiqués presque chaque jour. Bien sûr, il est préférable de prévenir l’arthrite dès le départ. Cela peut se faire en maintenant un bon poids, en pratiquant des activités physiques régulières, en portant des chaussures appropriées, en utilisant des aides ergonomiques à la maison, etc.

Vous voulez en savoir plus ? Continuez à lire l’article du Dr Jocelyne Melchior-Capiot !

En janvier 2000, l’Organisation des Nations Unies déclarait la première décennie du troisième millénaire comme étant celle des maladies des os et des articulations. Parmi celles-ci, l’arthrose représente, dans le monde, l’affection responsable du plus grand nombre de douleurs et d’atteintes fonctionnelles.

Qu’est-ce que l’arthrose?

Maladie des articulations la plus fréquente dans les pays occidentaux, l’arthrose est causée par la détérioration progressive du cartilage au fil du temps s’étendant ensuite à toutes les structures de l’articulation, notamment l’os et le tissu synovial.

Le cartilage, tissu résistant et élastique, tapisse les extrémités des os et permet, lors des mouvements, le libre glissement des surfaces articulaires l’une par rapport à l’autre.

En cas d’arthrose, le cartilage s’altère progressivement et perd ses qualités d’origine c’està-dire sa souplesse et son élasticité. Des microfissures y apparaissent et s’agrandissent. Il se produit par ailleurs, une altération de la qualité du liquide synovial, liquide visqueux et limpide comme du blanc d’œuf, qui lubrifie normalement l’articulation. Avec le temps, s’installe une inflammation qui tend à devenir chronique et récurrente, s’accompagnant de douleurs.

L’usure progressant, le cartilage peut parfois disparaître complètement sur certaines zones articulaires, générant des contraintes biomécaniques nouvelles, suite auxquelles des excroissances osseuses («becs de perroquet») peuvent apparaître, accentuant encore les phénomènes douloureux et les phénomènes de compensation musculaire.

Quelles en sont les causes ?

• le surpoids (surtout pour l’arthrose des hanches et des genoux)

• l’hérédité (pour l’arthrose nodulaire des doigts)

• l’âge

• des antécédents de traumatismes ou de surmenage d’une articulation (activités sportives intensives, métiers contraignants)

• des défauts d’axe des membres inférieurs (genoux en X)

• une autre maladie touchant les articulations (polyarthrite rhumatoïde, goutte, chondrocalcinose, maladie des tendons, ablation d’un ménisque…)

L’arthrose est-elle fréquente?

L’arthrose survient chez presque toutes les personnes après l’âge de 50 ans. En France, elle toucherait 65% des personnes de plus de 65 ans. Toutefois, son expressivité et ses répercussions sont très variables d’une personne à l’autre.

Quels en sont les symptômes et l’évolution?

L’arthrose se manifeste fréquemment par des douleurs et/ou une raideur articulaire qui s’accentuent après l’effort et s’associent parfois à un gonflement local. Les douleurs se calment souvent au repos.

Parfois, sur un fond d’enraidissement et de limitation de mobilité, des poussées douloureuses itératives avec épanchement (arthrose congestive) peuvent émailler de façon plus aiguë le tableau.

L’arthrose progresse généralement très lentement. Parfois, plus de 20 ans peuvent s’écouler entre la première blessure du cartilage et l’apparition de douleurs de l’articulation. Au fil du temps, des déformations peuvent apparaître aux articulations touchées (par exemple, nodules au niveau des doigts).

Comment établit-on le diagnostic d’arthrose?

Grâce à des éléments simples retrouvés à l’interrogatoire et à l’examen clinique, le médecin suspecte l’arthrose. Il confirme son diagnostic et apprécie la sévérité de l’atteinte par des examens complémentaires simples telles que les radiographies. Le recours à des examens plus sophistiqués tels que le scanner ou l’IRM (imagerie par résonance magnétique) peut ultérieurement s’avérer utile. Un bilan sanguin ou/et une ponction de l’articulation peut être nécessaire pour éliminer une autre cause de douleur articulaire.

Comment soigne-t-on l’arthrose?

Il n’existe à ce jour aucun moyen de guérir l’arthrose mais il est possible d’en ralentir la progression. Plusieurs mesures simples peuvent alléger les douleurs et permettre, une meilleure qualité de vie. Il convient tout d’abord d’offrir au patient des conseils sur les approches non médicamenteuses simples comme l’exercice et la perte de poids et de le responsabiliser à investir son traitement de façon active. La combinaison à un traitement médicamenteux se décide en collaboration avec le patient pour définir une prise en charge optimale en fonction du site et de la sévérité de l’arthrose.

Traitements médicamenteux

• Souvent indispensables, les antalgiques sont utilisés, parfois de façon quotidienne, pour lutter contre la douleur. Le paracétamol est le médicament de base, peu toxique pour le tube digestif aux doses préconisées (1 à 3-4 grammes/jour pour un adulte).

• L’aspirine ou les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont efficaces sur la douleur et l’inflammation. Cependant, pris en automédication, leur toxicité pour le tube digestif les rend dangereux en cas d’antécédent d’ulcère du tube digestif. On leur associe fréquemment des médicaments protecteurs de l’estomac pour en réduire la toxicité à ce niveau. Les anti-inflammatoires topiques (crème, gel, emplâtres) sont très souvent d’une grande utilité.

• Quand les médicaments précédents ne sont plus efficaces, des molécules plus puissantes peuvent être prescrites par le médecin: dérivés de morphine, en prise orale ou par voie transcutanée (patchs).

• La cortisone, par voie orale ou en infiltration intra-articulaire, est aussi parfois utilisée. Vu les effets secondaires qu’elle peut entraîner, son utilisation nécessite un strict suivi médical.

Traitements non médicamenteux

L’application locale, sur la peau, de chaleur au niveau d’une articulation douloureuse permet souvent une amélioration des douleurs. Chez certains patients en poussée d’arthrose, avec épanchement, c’est l’application de froid qui sera la plus appréciée.

La physiothérapie est essentielle pour diminue les douleurs et maintenir la mobilité. Avec l’aide du physiothérapeute, un programme de rééducation personnalisé est mis sur pied. L’activité physique se doit d’être maintenue car elle aide à atténuer les symptômes douloureux et à maintenir un poids de forme, ce qui réduit les contraintes imposées aux articulations malades. Par ailleurs, l’exercice améliore le bien-être général.

Des étirements modérés (stretching) conserveront aux muscles et tendons leur souplesse et leur force tandis que des exercices à faible impact de charge (vélo, natation, aquagym) pourront diminuer les douleurs et préserver la mobilité des articulations. Des cures thermales sont également très bénéfiques chez les patients qui présentent de l’arthrose à plusieurs endroits (polyarthrose).

Des aides techniques peuvent, notamment chez les patients âgés, permettre d’économiser les douleurs, d’améliorer la sécurité, l’autonomie et la qualité de vie.

Citons:

• divers types de cannes (dans la main opposée à l’articulation douloureuse)

• des attelles de repos, des orthèses de soutien

• des pinces de préhension (pour ramasser les objets sur le sol ou sur les étagères)

• des outils adaptés à l’ouverture des boîtes et des bocaux

• des rehausses-sièges de toilettes

• des barres d’appui murales

Lorsque la prise en charge médicale n’arrive plus à réduire les douleurs du patient, il convient alors de considérer une solution chirurgicale. Plusieurs options sont possibles, arthroscopie avec nettoyage de l’articulation arthrosique, correction de défauts des axes des membres inférieurs (ostéotomies), blocage d’une articulation par vis (arthrodèse) mise en place d’une prothèse articulaire.

Modalités de traitement plus récentes

• La chondroprotection: Des résultats encourageants sur le ralentissement de la progression de l’arthrose ont été obtenus avec le sulfate de chondroïtine et le sulfate de glucosamine. Ces médicaments, appelés médicaments symptomatiques d’action lente, sont bien tolérés, ont aussi un effet sur les symptômes douloureux mais leur efficacité n’apparaît qu’après plusieurs semaines d’utilisation. Ils constituent un traitement de fond de l’arthrose.

• La viscosupplémentation: Il s’agit d’une technique qui consiste à injecter dans l’articulation atteinte d’arthrose un gel visqueux et transparent composé d’acide hyaluronique. Présent naturellement dans les tissus de l’organisme et dans le liquide articulaire, cette substance lubrifie le cartilage, exerce un effet «amortisseur» et favorise ainsi une plus grande mobilité tout en réduisant les symptômes douloureux. Une série d’au moins 3 injections est réalisée, au rythme d’une fois par semaine. L’efficacité antalgique obtenue peut se manifester pendant plusieurs mois. Si nécessaire, ultérieurement, il est possible de réitérer une nouvelle série d’injections.

• La thérapie par signal pulsé (PST): Nouvelle approche de médecine physique, brevetée aux Etats-Unis, la thérapie par signal pulsé est une technique antalgique puissante basée sur l’action combinée d’un courant électrique et d’un courant magnétique. Un signal pulsé, transmis à la zone douloureuse de l’appareil locomoteur, va y développer à la fois un effet antalgique et anti-inflammatoire ainsi qu’une amélioration de la qualité tissulaire locale. Une série de 9 à 12 séances d’une heure est nécessaire pour obtenir cet effet antalgique et anti-inflammatoire dont la durée peut se manifester pendant plusieurs mois. Pour l’heure, ce traitement innovant, pratiqué uniquement par une dizaine de médecins en Suisse, est pris en charge par certaines assurances complémentaires.

• Nouvelles recherches thérapeutiques: Les injections de plasma enrichi en plaquettes : technique très utilisée en médecine du sport, elle consiste à prélever un peu de sang du patient, à le centrifuger pour en séparer les différents constituants ; les globules rouges et blancs en sont enlevés et le plasma enrichi en plaquettes est ensuite réinjecté à l’endroit à traiter. Les plaquettes synthétisent des substances à propriétés anti-inflammatoires et cicatrisantes. Une étude sur un petit nombre de patients effectuée dans l’arthrose du genou montre à moyen terme des résultats encourageants sur la douleur et le ralentissement de la progression des lésions d’arthrose au niveau des articulations évaluées par IRM.

Les cellules souches : depuis 2012, une équipe européenne, au CHU de Montpellier, a débuté une étude visant à évaluer l’efficacité de l’injection de cellules souches (obtenues à partir de cellules graisseuses) dans les articulations atteintes d’arthrose, espérant ainsi activer la « régénérescence » du cartilage lésé. Des résultats sont à attendre d’ici 2016 à 2020.

De nombreuses recherches pharmacologiques sont en cours pour développer des médicaments efficaces dans l’arthrose: antiGNF (tanézumab), acide zolédronique, ranélate de strontium sont en cours d’évaluation.

Prévenir l’arthrose? quelques pistes…

• maintenir un poids de forme

• pratiquer une activité physique régulière (marche ,vélo, natation, tai-chi…).

• prendre soin de ses articulations lors des activités sportives, respecter ses douleurs, s’accorder des pauses… En cas de douleur importante, éviter de sursolliciter l’articulation.

• porter de bonnes chaussures de marche

• utiliser des moyens ergonomiques et éventuellement adapter son domicile avec l’aide d’un ergothérapeute

• être, avec son médecin, un acteur actif dans son traitement

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