Les enveloppes de prévoyance au profit d’une épargne retraite optimisée

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Marco Salmina

Responsable de la gestion de fortune Clients privés Piguet Galland & Cie SA, Genève, Lausanne, Neuchâtel, Nyon, Yverdon-les-Bains

avril 28, 2021

La Suisse est l’un des meilleurs pays en matière de prévoyance pour une épargne retraite optimisée. Comparons-la au reste de l’Europe. La richesse moyenne par adulte est d’environ 200 000 CHF, alors qu’en Suisse, elle atteint 500 000 CHF. C’est une différence énorme. Les gens considèrent souvent les régimes de retraite individuellement, mais le patrimoine doit être considéré comme un tout. Il peut être compliqué de gérer les comptes en espèces, les dépôts de garantie et les enveloppes de pension, mais cela en vaut la peine au bout du compte. En y consacrant du temps et des efforts, une personne peut prendre sa retraite avec des fonds beaucoup plus importants qu’auparavant.

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Sans vouloir se hausser du col, il faut bien reconnaitre que les suisses ont le sens de l’épargne, un domaine dans lequel ils sont d’ailleurs passés maîtres. Quelques chiffres suffisent pour s’en persuader. En Europe, le patrimoine moyen se chiffre légèrement audessus des CHF 200’000 par adulte. En Suisse, ce montant s’élève à CHF 500’000. Les actifs financiers et les actifs réels, biens immobiliers pour l’essentiel, sont compris dans ce patrimoine. Ces sommes sont d’autant plus impressionnantes qu’elles s’entendent nettes de dettes.

Pour rester en Suisse, la part moyenne dévolue aux actifs financiers est évaluée à environ CHF 180’000. Les avoirs de prévoyance en représentent près de la moitié, ce qui n’est guère surprenant. Pour nos concitoyens, l’épargne de prévoyance se veut souvent la pièce maîtresse du patrimoine. Pourtant, malgré le potentiel qu’elle recèle, il faut bien reconnaitre qu’elle reste sous-exploitée, et ce en raison de la complexité qu’elle revêt parfois en dehors du 2e pilier.

La gestion de la base LPP (salaires annuels jusqu’à CHF 126’900), qui correspond donc à ce 2e pilier, est facile à cerner. Les assurés cotisent, ils en ont l’obligation, et les caisses de pension gèrent. Dans le cadre de cette gouvernance institutionnelle, les Conseils de Fondation sont seuls responsables des choix de gestion et les assurés doivent s’en remettre à des rapports annuels pour suivre l’évolution de leur épargne selon les règlements de la LPP. Ils n’ont donc aucune emprise sur leur épargne et n’en auront pas jusqu’à l’âge de la retraite.

En revanche, et s’agissant notamment des personnes exerçant une profession libérale ou les actionnaires de sociétés, ils disposent d’une marge de manoeuvre autrement plus appréciable avec les différentes options contenues dans le domaine de la prévoyance hors obligatoire. Elle porte sur les revenus supérieurs à CHF 126’900 / an. Plus souples, les programmes dits « Bel-Etage » offrent à leurs souscripteurs de multiples avantages dirigés sur deux axes. Le premier, c’est celui de l’allégement fiscal; le deuxième, c’est celui de la stratégie de placement réglée sur un mode personnalisé. L’un comme l’autre permettent de donner une plus grande envergure à l’épargne-retraite et, par extension, au patrimoine. Il en est de même des enveloppes de libre-passage ou du 3e pilier a).

Une fois mis en place la couverture de prévoyance optimisée, les réductions fiscales que consentent les enveloppes du régime hors obligatoire sont particulièrement attrayantes. Dans la pratique, il est tout simplement possible de transférer des actifs mobiliers, revenus compris, dans ces enveloppes, en se servant par exemple des bonifications épargne retraite. Il est possible d’extraire ainsi ces actifs à l’imposition qui touche d’ordinaire les rendements des capitaux. Les économies fiscales réalisées, que ce soit sur les revenus du capital ou sur ceux du travail, partent directement dans l’épargne. Il est même possible de recourir au rachat d’années manquantes qui présente un double avantage, celui de la réduction d’impôt et du rendement net après impôts plus élevé que dans le cas d’un compte épargne traditionnel. Les rachats de lacunes de prévoyance sont en principe entièrement déductibles du revenu imposable et les prestations de retraite s’en trouvent améliorées d’autant. Pour les intéressés dont le revenu annuel est supérieur à CHF 126’900, la mise en place de plans dits «Bel-étage» est très attractive puisqu’elle accorde une capacité de rachat sensiblement plus étendue et, de ce fait, un allégement fiscal encore plus significatif.

Le deuxième point d’ancrage de la prévoyance hors obligatoire a trait aux possibilités de personnaliser le profil de gestion conformément à l’ordonnance OPP2. En d’autres termes, selon leur niveau d’aversion ou d’appétence au risque, les personnes affiliées peuvent décider, individuellement, de la stratégie de placement pour les avoirs de prévoyance qu’ils ont alloués à des enveloppes Bel-Etage, de Libre-Passage ou encore de 3e pilier a). La gestion de cette épargne s’apparente alors à la gestion de portefeuille, libre et responsable, qui est propre au Private Banking, toujours dans le respect des normes prescrites en matière de gestion des actifs de prévoyance. A cette nuance près que le portefeuille dont il est question vaut aussi et surtout par son caractère défiscalisé. C’est là un excellent moyen pour renforcer ses positions sur les marchés financiers. D’autant que les enveloppes dites « Bel-Etage » sont soumises à des restrictions de gestion moins strictes que la couverture de base du 2e pilier (revenus annuels jusqu’à CHF 126’900). Elles donnent en effet accès à des opportunités d’investissement plus larges et à des potentiels de rendement plus élevés. Là-dessus, au risque de se répéter, se rajoute le bonus fiscal : ces poches sont exemptes de tout impôt, que ce soit sur le revenu ou la fortune.

L’approche de gestion personnalisée laisse toute latitude aux assurés pour ajuster la gestion de leur épargne hors obligatoire en fonction de leur situation personnelle, familiale ou professionnelle. Mais les bénéfices à en retirer vont bien au-delà de ces seuls réglages. De manière plus large, cette approche facilite la mise en place d’une allocation beaucoup plus équilibrée entre éléments de prévoyance, épargne libre et actifs non financiers. Elle s’inscrit dans le cadre d’une gestion globale.

Car l’épargne de prévoyance, pas plus que les autres éléments qui constituent le patrimoine, ne doit être traitée indépendamment. Il n’y a pas de mur de séparation qui tienne entre le portefeuille de titres, l’épargne de prévoyance au sens large du terme et les biens immobiliers. Le patrimoine doit être abordé comme un tout. Judicieusement réalloué entre comptes de liquidités, dépôts-titres et enveloppes de prévoyance, il permettra au futur retraité de se retrouver indéniablement avec un capital d’épargne retraite sensiblement plus important.

L’exercice est délicat, quand on connait les complexités de la prévoyance dont les variantes se multiplient à l’infini, un peu comme les ouvertures au jeu d’échecs. Ce travail très spécifique réclame la contribution de spécialistes capables de maîtriser tous ces rouages. Les banquiers et les gestionnaires intègrent aujourd’hui cette expertise dans leur palette de services. Ils sont capables de mettre en œuvre les stratégies les plus appropriées tant pour le portefeuille financier que pour l’épargne accumulée dans des enveloppes de prévoyance. Ce sont les actifs les plus “mobiles”, ceux dont ils peuvent le plus facilement accroître le potentiel. En cela, leur apport relève du CFO personnel, du directeur financier à usage personnel. Leurs objectifs consistent à optimiser la constitution de l’épargne en veillant bien à préserver l’équilibre du patrimoine qu’ils gèrent de la même façon qu’ils géreraient une entreprise, avec le souci de maximiser le bilan économique tout en minimisant le bilan fiscal.

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