La carence en testostérone chez l’homme : ses causes et ses conséquences

Dr. Catherine Waeber Stephan

Endocrinologue FMH, spécialiste en endocrinologie de la reproduction, ménopause, andropause, Clinique Générale Ste-Anne, Fribourg

juin 3, 2021

Toutes les femmes traversent la ménopause vers l’âge de 50 ans et ce phénomène est nettement plus grave que la déficience en testostérone chez les hommes. Cependant, même les hommes sont touchés par ce phénomène, qui se traduit par une perte musculaire, une baisse de la libido, une prise de poids, etc. Contrairement aux femmes, tous les hommes ne sont pas concernés. Seuls 15 à 20 % des hommes connaissent l' »andropause », ou plutôt le syndrome de déficit en testostérone lié à l’âge. Le déficit en testostérone est difficile à diagnostiquer, mais il existe des traitements hormonaux qui peuvent y remédier. Deux traitements sont actuellement disponibles, à savoir le gel de testostérone et les formes de dosage injectables.

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Même si le choc est moins violent que pour les femmes qui sont toutes ménopausées aux alentours de la cinquantaine (90% entre 48 et 52 ans), les hommes connaissent aussi des changements liés aux variations de leurs hormones qui entraînent «moins de muscles, plus de ventre, moins de peps…».

Le rôle de l’homme dans la fonction de reproduction est d’une part de produire des spermatozoïdes (entre 300 et 500 millions /jour) pour féconder madame en période fertile et d’autre part de fabriquer la testostérone pour «être fit et en forme» pour aller chasser et nourrir la famille (à l’époque de l’homme des cavernes).

La production de testostérone est indépendante de la production des spermatozoïdes contrairement aux femmes qui produisent leurs hormones sexuelles (œstrogènes et progestérone) au cours du cycle menstruel et parallèlement à la maturation de l’ovocyte. Chez la femme (qui mourrait jeune dans les siècles précédents), la réserve ovarienne s’amenuise dès l’âge de 35 ans et la ménopause (arrêt des règles) s’installe inexorablement vers l’âge de 50 ans (voir la brochure: «La ménopause dans tous ses états : avant, pendant et après à 60 ans »). Ce n’est pas le cas chez l’homme qui n’a donc pas «d’andropause» obligatoire.

Seulement 15 à 20% des hommes sont touchés par le « syndrome de déficience en testostérone lié à l’âge» ou DALA (déficit androgénique lié à l’âge).

LE DÉFICIT EN TESTOSTÉRONE LIÉ À L’ÂGE : UN DIAGNOSTIC PAS SI ÉVIDENT

La régulation de la production d’hormone suit le principe du thermostat alors que l’action hormonale sur l’organe-cible est comparable à la clef que l’on met dans sa serrure pour ouvrir une porte ou un bouchon de réservoir. La clef, c’est hormone! la serrure, c’est le récepteur de l’hormone! et ouvrir le bouchon, c’est l’action hormonale!

Par exemple, la testostérone va se fixer sur son récepteur dans la peau du visage et stimuler la pousse de la barbe. La richesse de la barbe va donc dépendre du taux de testostérone disponible mais aussi du nombre de récepteurs présents dans la peau, ce qui est variable selon les ethnies (la barbe d’un méditerranéen est plus dense que celle d’un asiatique alors que le taux de testostérone est le même). L’activité de la testostérone est donc directement liée à la quantité de récepteurs présents sur les organes cibles. La testostérone qui va agir sur les organes-cibles (les muscles, les os, la barbe, le cerveau, etc.) va aussi dépendre de la fonction du thermostat situé dans le cerveau (l’hypothalamus et l’hypophyse) via les gonadotrophines LH et FSH et de la fonction des testicules (production de la testostérone).

Pour compliquer encore les choses, la testostérone produite par les testicules ne circule pas telle quelle dans le sang pour atteindre les organes cibles mais elle va se lier à 50 % à une protéine de transport (la SHBG = Sex Hormone Binding Globulin) qui est fabriquée dans le foie. La quantité de testostérone disponible va donc dépendre également du taux de SHBG.

POUR QUELLE RAISON LA PRODUCTION DE TESTOSTÉRONE DIMINUE-T-ELLE AVEC L’ÂGE ?

Avec l’âge, la fonction des cellules productrices de testostérone dans les testicules est moins performante et le thermostat hypothalamique est moins sensible à la baisse du taux hormonal sanguin. Il en résulte une perte de testostérone de 1% par an depuis l’âge de 40 ans et l’on comprend dès lors qu’à 65 ans et plus, la carence en testostérone peut devenir symptomatique: baisse du désir sexuel, disparition des érections nocturnes ou matinales, insomnie sont des signes d’appel alors que la dysfonction érectile, le manque de peps, la prise de poids sont moins spécifiques et difficiles à distinguer des simples changements liés à l’âge et au mode de vie.

L’impuissance n’est pas liée directement au déficit en testostérone, contrairement à ce que pensent ces messieurs qui consultent pour dysfonction érectile. Le «miracle » de l’érection, de sa qualité, de sa durée est l’aboutissement de phénomènes neurovasculaires complexes qui partent du cerveau (la libido, l’excitation sexuelle) pour aboutir, via le système nerveux autonome (le parasympathique), à l’ouverture des vaisseaux artériels qui vont remplir l’éponge (la tumescence) conjointement à la fermeture des vaisseaux veineux (anti-fuite veineuse), ce qui va permettre l’érection du pénis. L’éja-culation et l’orgasme sont déclenchés lorsque le sympathique prend le dessus ! A tous les niveaux, il peut y avoir des couacs mais dans la dysfonction érectile, ce sont souvent les perturbations neurovasculaires qui sont responsables des pannes. C’est à ce niveau qu’interviennent le Viagra et les médicaments apparentés qui ne sont pas des aphrodisiaques !

On comprend toutefois que l’anxiété de non-performance, la peur de l’échec vont entraîner une raréfaction des rapports sexuels interprétés à tort comme une perte de libido qui elle est testostérone dépendante.

POURQUOI TANT D’HOMMES SOUFFRENT-ILS AUJOURD’HUI DE DYSFONCTION ÉRECTILE ? LE LIEN AVEC LE SYNDROME DE LA BEDAINE

Avec l’âge, l’érection est plus longue à obtenir malgré des stimuli plus insistants. La détumescence (le lâchage) est aussi plus rapide et la phase réfractaire (laps de temps après l’orgasme durant lequel l’excitation sexuelle diminue) s’allonge. La qualité de l’orgasme est altérée par la faiblesse du volume et de l’expulsion du sperme. Avec l’âge, le métabolisme change, surtout si le mode de vie n’est pas adapté. La sédentarité va entraîner une diminution de la musculature et une augmentation de la masse grasse surtout si l’alimentation est riche en glucides (et en lipides), ce qui est souvent le cas aujourd’hui (pain, pâtes, pizza, charcuterie, bière, sodas, etc.) !

Moins de muscles, plus de ventre… Pourquoi ? Parce que l’on fait de la graisse avec le sucre de la même façon que l’on « fabrique » le foie gras de canard en gavant les canards de maïs ou de blé (du sucre) et surtout en les empêchant de voler pour migrer (la sédentarité). C’est un peu simplifié mais bien imagé pour expliquer l’explosion des gros ventres chez les hommes mais aussi chez les femmes et même chez les enfants ! L’hormone indispensable pour gérer le sucre, c’est l’insuline. Le manque d’exercice physique (qui brûle du sucre) associé à l’alimentation riche en sucre (le gavage) vont entraîner une surproduction d’insuline par le pancréas qui pendant de nombreuses années aura des conséquences métaboliques néfastes : adiposité abdominale centrale (le ventre), stéatose hépatique non alcoolique (le foie gras), dyslipidémie (baisse du bon cholestérol, augmentation des triglycérides), hypertension artérielle et risque d’accident cardiovasculaire (infarctus, attaque cérébrale) mais aussi dysfonction érectile qui est un symptôme du syndrome métabolique ou syndrome de la bedaine. Après des années d’hyperinsulinisme, la gestion du sucre n’est plus possible d’où risque de développer un diabète de type 2.

Le manque d’exercice physique associé à l’alimentation riche en sucre vont entraîner une surproduction d’insuline par le pancréas qui pendant de nombreuses années aura des conséquences métaboliques néfastes.

Pour ces hommes-là, la perte de poids, l’activité musculaire et l’alimentation méditerranéenne riche en poissons, fruits, légumes vont rétablir des taux sanguins de testostérone normaux.

COMMENT TRAITER LE DÉFAUT DE PRODUCTION DE TESTOSTÉRONE ?

Ainsi qu’il a été dit plus haut, la carence en testostérone chez l’homme n’est pas facile à diagnostiquer surtout pour des valeurs limites du dosage de cette hormone. En revanche, si le diagnostic est confirmé par au moins 2 dosages à 1 mois d’intervalle et que le patient présente des symptômes d’hypogonadisme, le traitement hormonal substitutif en testostérone est indiqué car comme pour la femme, le traitement hormonal substitutif apportera plus de bénéfices que de risques (voir brochures sur la ménopause).

En Suisse, actuellement, 2 types de traitement sont disponibles:

• les gels de testostérone qui s’appliquent sur la peau après la douche chaque matin.

• les formes injectables (1 fois par mois ou tous les 3 mois) qui sont d’ordinaire proposées pour les traitements à long terme.

Actuellement, il n’y a plus sur le marché suisse de comprimés contenant de la testostérone.Quel que soit le traitement, la dose est adaptée selon le ressenti du patient et en fonction des résultats des dosages de la testostérone bio-active après 3, 6 et 12 mois.

QUELS SONT LES CONTRÔLES À EFFECTUER AVANT ET EN COURS DE TRAITEMENT ?

Avant d’instaurer un traitement à la testostérone, il faut évaluer l’état de la glande prostatique par un examen clinique (palpation de la prostate, éventuellement échographie) associé à un dosage du PSA (Prostatic Specific Antigen). La palpation de la prostate permet d’évaluer son volume et sa consistance et de déceler une hyperplasie (la prostate est diffusément agrandie), la présence d’un adénome (tumeur bénigne), une prostatite (inflammation de la prostate généralement accompagnée de douleurs) ou l’existence d’un éventuel cancer. L’examen de la prostate s’inscrit dans le cadre d’un examen clinique général incluant les mesures du poids, de la taille, du périmètre abdominal, de la tension artérielle, ainsi que la répartition de la pilosité, la palpation des testicules, etc.

Si un traitement de substitution est prévu, on complètera les examens de laboratoire par une formule sanguine pour l’hématocrite (qui augmente avec le traitement), le glucose éventuellement le Peptide-C, l’insuline et l’index HOMA correspondant à l’index d’insu-lino-résistance, l’HbA1c (> 7 si diabète), le cholestérol total, le HDL-cholestérol (le bon cholestérol) qui est bas dans le syndrome de la bedaine, le LDL-cholestérol (le mauvais cholestérol), les triglycérides qui sont souvent élevés dans le syndrome métabolique, les tests du foie (pour rechercher un foie gras), la ferritine pour l’hémochromatose (trop de fer dans le sang), etc.

Chez les personnes présentant un déficit androgénique avéré, la mesure de la densité minérale osseuse (ostéodensitométrie) à la recherche d’une éventuelle ostéopénie ou ostéoporose est indispensable afin d’évaluer les risques de fractures et de proposer un traitement préventif si nécessaire. Un bilan cardiovasculaire est également indiqué chez les hommes particulièrement à risque.

Chez les personnes présentant un déficit androgénique avéré, la mesure de la densité minérale osseuse est indispensable afin d’évaluer les risques de fractures et de proposer un traitement préventif si nécessaire.

EN CONCLUSION

Avant de proposer un traitement hormonal substitutif en testostérone chez l’homme, un diagnostic précis doit être posé car traiter un homme qui n’a pas d’hypogonadisme revient au même que de chauffer une chambre avec un radiateur d’appoint, ce qui va freiner le thermostat et sa propre production de testostérone. Si le patient reçoit plus de testostérone que ce dont il a besoin, c’est du dopage!

D’ici à 2050, 16% des hommes auront plus de 65 ans et 15-20% d’entre eux auront un déficit androgénique lié à l’âge. Cela fait beaucoup de monde!

Endocrinologue FMH, spécialiste en endocrinologie de la reproduction, ménopause, andropause. Clinique Générale Ste-Anne, Rue Hans-Geiler 6, 1700 Fribourg

Pour complément d’information, voir:

• La carence en testostérone chez l’homme (brochure publiée par Bayer en 2015)

• La ménopause dans tous ses états (brochures publiées par Vifor Pharma en 2016) que vous trouverez sur le site Internet: www.catherinewaeberstephan.ch

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